« [...] La jalousie est partout. Elle nous semble et, souvent, elle est naturelle. Celui qui n'a pas encore aimé aimera demain, disait le poète latin. Qui n'a pas encore éprouvé la jalousie, la ressentira quelque jour. La jalousie est liée à l'amour. On ne peut pas aimer sans aimer jalousement. Il faut même dire que la jalousie est la condition de l'honnêteté de l'amour, car un amour honnête ne supporte ni le partage, ni l'idée même du partage. Mais si l'amour est le terrain favori de la jalousie, toutes les passions, tous les sentiments un peu vifs peuvent la voir naître. Il y a des amitiés fort jalouses. Le sentiment maternel, le sentiment filial ne vont pas sans jalousie. On donne quelquefois au mot jalousie le sens d'envie. La jalousie dont je parle est celle qui accompagne l'amour, la tendresse, l'affection, le goût. Elle participe de l'instinct de possession. Elle contient beaucoup d'égoïsme, beaucoup d'amour-propre. Mais ce qui la caractérise d'une manière plus générale, c'est la crainte de perdre un bien que l'on possède, à condition que ce bien soit d'ordre sentimental. Il y a des jalousies obscures qu'on ne réussit pas à analyser très bien. [...] Mais il y a une sorte de jalousie dont l'homme seul est capable : la jalousie sans cause ou sans cause avérée, celle qui n'est une torture que parce qu'elle est un doute. C'est un appareil merveilleux à rendre la vie insupportable. « Le jaloux amoureux, dit très bien M. Mairet, souffrira dans son amour, dans sa quiétude, dans son amour-propre et son orgueil, dans son instinct de possession et de domination; [...] »